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Die hier präsentierte Paraphrase einer Rede, die der designierte Reichsbankpräsident Hjalmar Schacht vor der Zürcher Finanzwelt hielt, ist aus verschiedenen Gründen interessant. Zunächst zeigt die lebhafte Reaktion und Anteilnahme des Publikums die Wirkung, die Schacht in der mündlichen Rede entfaltete und die ein wichtiges Fundament seiner internationalen Bedeutung als Finanzfachmann und Zentralbankpräsident war. Gleichzeitig wird deutlich, welche Bedeutung die Stabilisierung der Mark nicht nur für Deutschland, sondern für den europäischen Wirtschaftsraum insgesamt hatte. |
La réforme monetaire allemande (Conférence faite à Zurich le 17/12/23 par le Dr. Schacht).
D’un très bon informateur, du 19/12/23 :
Le Docteur Hjalmar SCHACHT, Commissaire à l’unité monétaire, ancien directeur de la Darmstädter und Nationalbank à BERLIN, candidat officiel du gouvernement prussien à la Présidence de la Banque d´Empire, a fait le 17 Décembre dans le grand amphithéâtre du "Hirschengraben-Schulhaus", sous les auspices de la "Statistisch. Volkswirtschaftliche Gesellschaft des Kantons ZURICH", en présence de M. MULLER, Ambassadeur d’ALLEMAGNE à BERNE et de M. RHEINBOLDT, Consul Général d’ALLEMAGNE à ZURICH, devant un auditoire de 250 à 300 personnes, munies d´invitations individuelles,- toute la haute finance zurichoise, une Conférence sur la reforme monétaire allemande
M. SCHACHT a tenu son auditoire en haleine pendant deux heures et demie. Sa conférence n’a été d’abord qu’un long historique des évènements qui ont plongé l’ALLEMAGNE "autrefois si puissante et si florissante" dans la détresse financière et économique dont elle essaie enfin de sortir.
Remontant de 5 ans en arrière, il montre d’abord quelle était la situation de l’ALLEMAGNE après 5 ans d’une lutte sans précèdent dont elle sortit vaincue malgré des prodiges d’héroïsme et d’abnégation. Les stocks étaient épuises; les valeurs étrangères recueillies par les agents du Trésor s’étaient volatilisées dans le creuset ardent de la défense nationale; des emprunts à court terme contractés a l’étranger arrivaient à échéance; les entreprises allemandes à l’étranger avaient été liquidées; les sources de richesse allemandes à l’étranger (assurances, frets, etc..) étaient taries et tout commerce avec l’étranger était pour ainsi dire arrête. II fallait songer en premier lieu, à ravitailler le peuple affamé et épuisé et à réapprovisionner les stocks industriels en vue de la remise en marche des entreprises industrielles. Pour se réapprovisionner en vivres et en matières premières, l’ALLEMAGNE, privée de ses recettes étrangères d’avant-guerre, dût vendre des Marks à l’étranger. Dès l´instant où il fallut recourir à cet expédient, la balance des paiements fut sans cesse déficitaire et ce déficit devait aller sans cesse en grossissant. Quant à la balance commerciale, influencée d’abord favorablement par 1´inflation fiduciaire qui était une sorte de prime a l´exportation par suite de la baisse inévitable du change allemand, elle ne tarda pas à devenir déficitaire elle aussi. Seulement les statistiques d’exportation et d’im-portation ne donnent qu’une idée imparfaite des hauts et des bas de la balance commerciale allemande. Le Docteur SCHACHT demande l’indulgence de son auditoire pour les Services Statistiques du Reich qui se sont montrés parfaitement insuffisants (ganz unzulänglich) on faisant leur travail sans se préoccuper de l´éffondrement continu de la devise monétaire allemande. Pour le Docteur SCHACHT, il n’y a pas de doute : c’est le réapprovisionnement des stocks alimentaires et industriels joints à la réduction de la journée de travail (il avait fallu faire droit à certaines revendications sociales des partis ouvriers, comme dans tous les pays belligérants) qui fut le véritable point de départ de la politique d’inflation, "ou plutôt", dit-il, "évitons de prononcer le mot de politique ici, disons simplement : de l´“inflation“ tout court”.
L’inflation, presque imperceptible au début, fut d’abord ressentie très agréablement par le public, ignorant des questions monétaires. Que lui importait le renchérissement immédiat du coût de la vie, puisque les signes monétaires abondaient ! Il ne se doutait guère, ce bon public,- et ceux qui avaient la charge des pouvoirs publics ne se doutaient pas non plus,-qu´il étoufferait un jour sous le flot de cette marée montante. Encore, si l’ALLEMANGE n’avait eu à s’occuper que de son propre rétablissement, on eut pu endiguer à temps dce flot dévastateur. Mais il y avait d’autres gouffres à combler, et cela à 1´instant même où s’opérait une fuite de capitaux effrénée. L’ALLEMAGNE vaincue s’était vu imposer à l’armistice des charges extrêmement lourdes qui n’étaient qu’un faible avant-goût de ce que le traité de VERSAILLES lui réservait. Ce traité que tout le monde connait se passe de commentaires. A ne considérer que ses conséquences purement financières, ce que ce traité a d’inquiétant c’est qu’il ne pose pas seulement le problème presque insoluble du "transfert des richesses", mais qu’il prive 1’ALLEMAGNE du contrôle de sa frontière occidentale. Or, tous ceux qui sont tant soit peu au courant des questions monétaires savent que la santé monétaire financière d’un pays est indissolublement liée au contrôle administratif, fiscal et douanier de ses frontières. Ce "Trou dans l’Ouest" affecte tout l’ensemble de l’organisme économique allemand. C’est là que le bât nous blesse. C’est par la plaie béante que 1’ALLEMAGNE porte dans son flanc que s’exhalte les forces vives de la nation : sa puissance économique est par la même sa capacité de paiement. Non contents de gêner 1’ALLEMAGNE dans ses mouvements, „les Français“ sont venus occuper le bassin de la RUHR, d’où arrêt complet de la production dans la région la plus riche et la mieux outillée de l’ALLEMAGNE. A ce propos , M. SCHACHT ne veut pas soulever la question de savoir s’il était vraiment nécessaire d'arrêter la vie économique dans la RUHR où non; mais il ne croit pas outrepasser ses droits en affirmant que l´entretien de cette "improductivité" pendant de longs mois à 1’aide des denier publics, ou plutôt de la planche à billets, est l’acte le plus néfaste (verhängnisvoll) qu’on ait commis. A partir de ce moment, 1'inflation fiduciaire augmenta dans des proportions effrayantes et il arriva un moment où la dépréciation de la devise monétaire dépassa la vitesse de rotation de la presse à billets. C´était la fin. Le Mark avait perdu sa raison d´être.
Le Docteur SCHACHT explique alors par quels moyens puérils et grotesques l´Etat se procurait les fonds dont il avait besoin pour entretenir son armée de fonctionnaires : escompte de bons du Trésor par la Reichsbank; impossibilité pour la Reichsbank d’écouler ses bons dans le public; émission correspondante de milliards et de milliards de billets qui allaient grossir les flots des milliards circulant déjà dans le public et y exerçant leurs ravages.
Il soumet ensuite l'attitude de la Reichsbank à un examen critique et il le fait sans ménagements, malgré tout le respect qu´il doit aux hommes illustres qui ont dirigé les destinées financières de l'ALLEMAGNE dans le calme de la paix. Il constate que la banque d’Empire a totalement failli à sa tâche (völlig versagt). Il adresse d’amères reproches à ceux qui avaient la charge de défendre les intérêts financiers du pays pendant la crise qu’il traversait et qui ne l´ont pas fait ou pas oser, à moins qu’ils n'aient pas su le faire. Il les montre dans leur impardonnable inactivité et dans leur morbide impuissance. Il évoque les interventions sporadiques de la Reichsbank et les effets tout passagers, sinon nuls, de ces interventions inopérantes. Même lorsque la Reichsbank eut obtenu la plus large autonomie, grâce à l’heureuse et sage intervention des pays autrefois ennemis, elle ne put pas s'affranchir entièrement de la sujétion gouvernementale et persévéra dans ses errements. Pour le Docteur SCHACHT, cette incurie de la Reichsbank et 1’impéritie de ses dirigeants est le chapitre le plus douloureux de l’histoire financière de 1'ALLEMAGNE et la seule excuse qu’on puisse invoquer, c’est le patriotisme de ses hauts fonctionnaires,- patriotisme bien déplacé, à vrai dire, et d’une funeste servilité.
Bref, le mark-papier avait tué le Mark-papier. Il était mort de sursaturation. Restait à lui trouver un succédané de valeur constante. La chosen’était pas facile, certes, mais elle s’imposait avec une évidence de jour en jour plus forte. Il n´y fallait que de l’énergie et de la bonne volonté. Le terrain avait d'ailleurs été préparé de longue date par les experts financiers internationaux à LONDRES, à GENES et à BRUXELLES. Il n´y avait qu’à inspirer des suggestions formulées par eux. Tous étaient unanimes sur un point capital ; c´est que l’étalon monétaire devait être étalon or. L´ALLEMAGNE étant dépourvue de ce métal précieux, il fallait trouver un expédient. Des hommes de bonne volonté se mirent à l´étude et les projets ne tardèrent pas à se dessiner. Il y eut, comme on sait, un projet en vertu duquel l’étalon monétaire aurait été le blé. C´est le projet ingénieux (geistvoll) de M. HELFFERICH; mais il fut repoussé par presque tous les partis parce que la valeur du blé n´était pas assez stable.1 C’est alors qu’on imagina de constituer une hypothèque en premier rang sur tout es les entreprises industrielles, commerciales et agricoles du pays pour gager une monnaie nouvelle que l’on baptisât "Rentenmark". Cet instrument monétaire qui était déjà adopte lorsque le Docteur SCHACHT fut investi des fonctions de Commissaire à l’unité monétaire (Währungskommissar) et qui n’est appelé à servir que pour les échanges commerciaux à 1´intérieur du pays, fait d’une pierre deux coups. Il a d’abord toutes les qualités inhérentes à un titre hypothècaire bien garanti; d’autre part tout porteur de "Rentenmark" a la faculté d’acheter avec ses billets des lettres de gage appelées "Rentenbriefe" dont les plus petites coupures s’élèvent à 500 Rentenmarks; en sorte que l’ALLEMAGNE a là une monnaie qui se résorbera un jour d’elle-même. C’est assez dire qu’il ne s’agit là que d’une monnaie transitoire. Car, ne l’oublions pas, le but vers lequel doivent tendre tous nos efforts, c’est le retour à la monnaie or. Mais nous sommes obligés de procéder par étapes et il faudra pour cela qu’on nous vienne en aide, car, il faut bien le dire, l’ALLEMAGNE autrefois si riche et si puissante, s’est déséspérément appauvrie, malgré les signes trompeurs d’une prospérité apparente.2 Oui, l’ALLEMAGNE est pauvre aujourd’hui, - et plus pauvre qu’on ne le pense, elle est ravalée au rang de la TURQUIE par les charges qui l’accablent et par le fait de sa désastreuse inflation. C’est que 1'inflation ne réduit pas seulement 1’efficacité des travailleurs et la production du pays; elle constitue une sorte insidieuse de prélèvements sur le capital.
En voulant rétablir la monnaie or en ALLEMAGNE, nous savons que nous nous engageons dans la bonne voie. Nous n’en voulons pour preuve que les symptômes encourageants qui ont marqué l’apparition du Rentenmark et l’arrêt immédiat de la presse à billets: baisse des prix de toutes les denréesalimentaires, stabilité des changes, apaisement des esprits; effets bienfaisants qui agissent profondément sur la psychologie des foules.
Si douloureux que soit le récent passé, si effrayante que soit la situation financière de l’Etat, tout n’est pas perdu. Il reste encore quelques lueurs d’espoir. Bien que le colosse d’airain se soit abattu, il n’en est pas moins vrai que l’ALLEMAGNE reste un pays de 60 millions d’habitants qui ont résisté à la tourmente et qui ne demande qu’à se relever. Et il y a cet autre fait,- capital celui-là, c´est que la machine économique avec tous ses rouages est intacte. La seule chose qui lui manque, c’est l’huile de graissage, c’est le bel argent; c’est de l’or; ce sont des crédits. C’est pour cette grande cause que le Docteur SCHACHT s’est absenté momentanément de BERLIN. Avant de partir, il s’est fait montrer par le Ministre des Finances, à qui il décerne des éloges enthousiastes, les chiffres du Budget. Ces chiffres sont rassurants, et si rien ne vient déranger l’œuvre d´assainissement entreprise avec une énergie farouche par le Docteur LUTHER, le budget sera équilibré d’ici le 1° Avril. (Applaudissements).
Le Docteur SCHACHT saisit tout de suite le sens qui s’attache aux applaudissements qui viennent de souligner cette énergique déclaration. Il énumère alors les mesures que le cabinet a déjà adoptées (obligation pour les Chemins de fer et les P.T.T. de s’administrer eux-mêmes et de subvenir à leurs propres besoins, „comme Agar chassée dans le désert“, et les mesures qu’il envisage : licenciement d’un grand nombre de fonctionnaires; augmentation de la durée du travail3; majoration de la taxe sur le chiffre d’affaires; impôt additionnel sur les salaires; élévation générale de l’impôt sur la fortune; saisie des bénéfices provenant de 1’inflation, notamment sur ce qui concerne la disparition des dettes obligataires et hypothécaires, etc….. Applaudissements nourris).
Ceci posé, le conférencier en revient à la question des crédits dont l’ALLEMAGNE a besoin pour travailler à plein collier et sans lesquels ses propres efforts seraient peut-être vains. Et il arrive au point culminant de sa conférence. Le Docteur SCHACHT expose alors son projet de création d’une Banque de Crédit (Goldkreditbank4). „Je voudrais“, dit-il, fonder une banque de crédit dont le capital reste encore à déterminer. Les apports de fonds devraient être faits par l´ALLEMAGNE et per 1'Etranger. Et quand je parle des pays étrangers, je n'entends pas seulement les prêteurs bénévoles qui ont encore foi dans et dans la signature et dans l´avenir de 1’ALLEMAGNE, j’entends aussi les capitaux allemands qui se sont évadés légalement ou illégalement d’ALLEMAGNE. Ces capitaux, je voudrais les attirer à moi en leur accordant toutes sortes de privilèges, à seule fin qu’ils fertilisent à nouveau la bonne terre dont ils se sont momentanément enfuis. Telle que je la conçois, cette banque de crédit aurait son siège d’activité et sa sphère d’activité en ALLEMAGNE, mais ses réserves resteraient à l'étranger, de préférence en pays neutre, pour qu’elles soient à l’abri de toute emprise gouvernementale allemande (au cas où l´ALLEMAGNE se verrait livrée encore une fois à l´incurie de ministres incompétents) mais aussi pour qu’elles soient à l’abri des convoitises de nos ennemis d’hier. Il va sans dire que les pays où les groupements prêteurs auraient leurs représentants dans le Conseil d´Administration de la Banque afin de pouvoir surveiller la gestion de leurs fonds. La banque aurait le droit d’émettre des billets de banque dont la couverture métallique pourrait être, par exemple, de 50 % pour commencer. Elle accorderait des crédits à 1’industrie en escomptant leurs traites bancables à trois mois, revêtues de deux bonnes signatures et de deux bons avals, comme cela se pratique dans tous les pays où la vie économique et financière repose encore sur des bases solides et saines.“
Pour terminer, le Docteur SCHACHT se plait à reconnaître l’immensité des secours charitables prodigués à son pays par la SUISSE. Il exprime à tous, en son nom personnel et au nom de ses compatriotes dans la détresse, ses remerciements attendris. Mais il ne peut se défendre de dire combien il est douloureux et pénible aux Allemande, si orgueilleux de leur passé, de se voir obligés de recevoir et d’accepter de pareilles offrandes, ou plutôt, disons le mot, de pareilles aumônes. Et il s’écrie, en terminant : „Ce ne sont pas des aumônes qu’il nous faut, nous voulons travailler; nous ne vous demandons que de nous faire confiance, de nous accorder des crédits et de ne prouver par là que vos cœurs sont animés de cette flamme splendide qui fait la force du monde: la solidité des peuples civilisés.“
La péroraison fut saluée par de longs applaudissements. Mais la conférence qui avait duré 2 h. 1/2 ne fut suivie d’aucune discussion. D’après le bref compte-rendu publié par la "NEUE ZUERCHER ZEITUNG" du 18 Décembre, il y eut ensuite (à 1’hôtel ST. GOTHARD) une réunion intime au cours de laquelle quelques uns des auditeurs orurent devoir faire des objections auxquelles le Docteur SCHACHT répondit en bloc "dans une remarquable improvisation." On n’a malheureusement rien pu apprendre sur la nature de ces objections et sur le sens de la réponse du Docteur SCHACHT.
Au cours de sa longue conférence, d’une belle tenue et d’une belle venue, le Docteur SCHACHT n’a pas prononcé une seule parole désobligeante ou déplacée à l’égard de la FRANCE, malgré la sévèrité avec laquelle il a souligné les conséquences de l´inexorable traité de VERSAILLES et de 1’occupation de la RUHR. Sa dignité, son calme et sa gravité; jointes à une maîtrise remarquable ont produit sur l’assistance une impression excellente.
Cette conférence avait pour but d’assurer au Dr. SCHACHT le concours financier de la haute banque suisse en vue de la création de la Banque de Crédit dont il avait exposé le but et les moyens d’actions prévus.
Or, d’après une dépêche de BERLIN, du 19/12/23 à la "NEUE ZUERICHER ZEITUNG", le bruit aurait couru dans les milieux financiers allemands, à l’issue de la dernière séance de la Bourse de BERLIN, que la tentative du Dr. SCHACHT à ZURICH serait restée sans succès.
Renseignement pris aux meilleures sources, le dernier mot ne serait pas encore dit. Les banquiers suisses avec qui le Dr. SCHACHT a négocié ont simplement réservé leur décision. Ils veulent examiner la question sous toutes ses faces, et la soumettre au préalable à 1´appréciation du Département politique, ne serait-ce que par déférence pour le Conseil Fédéral.