PDF

Nr. 5.3.3.08

Rapport sur la Situation actuelle et l‘avenir de l'Industrie allemande

Redemanuskript

Regest:

Die hier präsentierte Quelle gibt eine Rede Carl Friedrich von Siemens, Aufsichtsratsvorsitzender der Siemens AG, vor dem Expertenrat im Rahmen der Verhandlungen um den Dawes-Plan wieder. Ziel war eine Neuorganisation der Reparationszahlungen sowie das Ergreifen von Maßnahmen für eine dauerhafte Stabilisierung der deutschen Währung.

Siemens beschreibt hier ausführlich die zurückliegenden Erfahrungen und gegenwärtigen Probleme der deutschen Wirtschaft während der Inflationsjahre aus der Sicht eines Industriellen. Dabei geht er auch ausführlich auf die Herausforderungen des Außenhandels während der zurückliegenden Jahre ein. Auch wenn Siemens sicherlich die Absicht verfolgt, die Lage der deutschen Wirtschaft in eher düsteren Farben zu malen, findet sich in der Rede doch ein anschaulicher und persönlicher Rückblick auf die Inflationserfahrungen und deren Auswirkungen auf den Außenhandel und die Industriellen Beziehungen.

Rapport sur la Situation actuelle et l‘avenir de l'Industrie allemande présenté par le Dr. C.F. von SIEMENS au premier Comité d'Experts internationaux à Berlin le 12 février 1924


Le Gouvernement m’a demandé il y a quelques jours, de vous faire un bref rapport sur la situation et l'avenir de l´industrie allemande. Ignorant les points qui vous intéressent plus particulièrement et sur lesquels vous aimeriez avoir des éclaircissements, je me trouve assez embarrassée. En ce qui concerne les chiffres, j'ai tout lieu de croire que vous en avez à votre disposition plus qu’il ne vous est nécessaire.

Il est impossible de prévoir les possibilités de développement ou d´évaluer l’importance du commerce pour l´avenir. Je ne suis pas compétent pour émettre un avis en matière d´économie politique; un homme tel que M. Helfferich par exemple est mille foi mieux qualifié que moi pour cela.

II y a une grande différence entre l'industrie et l’agriculture. L´agriculture produit des marchandises qui sont absolument de même nature. Si l´agriculture est florissante, l'agriculture toute entière est florissante. En Allemagne, l'agriculture n’est pas sujette aux "booms" car elle ne peut pas fournir de produits agricoles en quantité suffisante pour nourrir la population. L´industrie est divisée en de nombreuses branches. Si un boom stimule l´industrie dans son ensemble, il n´influence pas également toutes les branches. Les conditions sont très diverses dans l’industrie. Je ne suis pas en mesure de vous donner une idéegénérale à l´aide de courbes ou de tableaux comme cela est possible pour l`agriculture. Je puis seulement vous dire comment je considére la situation actuelle dans l´industrie, comment nous y sommes arrivés et donner mon avis en tant qu´homme d´affaires au sujet de l’avenir du commerce.

Le Dr Vissering, Président de la Banque des Pays-Bas à Amsterdam, a prononcé dans un de ses discours les paroles suivantes: "On a demandé au diable la façon la plus sûre et la plus rapide de ruiner un pays". Il a répondu : „C’est très simple: détruisez l’étalon monétaire et tout sera sens dessus dessous". Le conseil était juste. Nous en avons fait l´expérience dans l´industrie. Toutes les règles et toutes les lois économiques qu’elles soient théoriques ou le résultat de l´expérience des faits se sont faussées. Toutes les réflexions sont devenues inutiles. Le chaos est le seul mot par lequel on puisse décrire avec exactitude un tel état.

Nul ne sait la tournure que les choses prendront lorsque nous rentrerons dans l´ordre. La situation est exactement la même qu’après un grand incendie qui peut éclater de nouveau à tout instant : on observe l´importance des dommages causés sans pouvoir encore imaginer les détails. On recherche la cause et la cause non celle de la baisse du change, mais celle des dégâts que cette baisse a occasionnée dans les affaires- est devenue indubitablement la loi : "un mark en vaut un autre".1 Cet état de choses a commencé au début de la guerre et n’est pas encore complètement détruit aujourd'hui. La raison pour laquelle on a conservé cette notion a été tout d’abord l'espoir d´une amélioration du mark – l´espérance va loin – et en outre, le désir d'empêcher la population de s´apercevoir de la cherté croissante de la vie. Il est nécessaire d'établir une différence entre le pouvoir d´achat du mark à l’intérieur et à l'étranger. Si l´un et l’autre avaient toujoursmarché de pair la perte de richesse nationale n’aurait pas atteint à de telles proportions, toutefois elle n’aurait pas pu être entièrement évitée sans une monnaie stable.

Au début, la hausse des prix est restée dans notre pays bien au-dessous de la basse du mark à l’étranger et ce n’est que tardivement que la hausse a marché de pair avec la baisse du mark à l’étranger. On a espéré plus tard en Allemagne arrêter la chute du mark. Toutefois cela a été impossible par suite des exigences impossibles à satisfaire des réparations.

Le calcul est la base de toute vie commerciale. Sans une unité de mesure fixe on ne peut mesurer, on ne peut que conjecturer. L´industrie allemande a essayé de trouver un nouveau mode de vente en vue de mettre le prix de vente au niveau du prix de remplacement, Mais aucune de ces tentatives n’a réussi. On a naturellement essayé de calculer aussi bien que le jugement le commandait, et tous les calculs ont dû se faire sur la base du pouvoir d’achat du mark en Allemagne. Par suite, 1‘industrie a vendu ses marchandises à beaucoup trop bon compte, si l’on calcule le prix en or. De plus, étant donné que la fabrication de nombreux articles, demande un an et plus, que le prix de vente était basé sur le pouvoir d’achat du mark en Allemagne le jour de la commande et que, en outre, le pouvoir intérieur d’achat avait considérablement diminué pendant la période de fabrication et qu’une partie du travail avait dû être exècutée pendant la période coûteuse, les pertes ont augmenté de plus en plus. Après avoir acquis cette expérience on a essayé de se protéger par 1'introduction d’un coëfficient de garantie qui ne pouvait être fixé que par un jugement approximatif.2 C’est ce qui explique la hausse excessive des prix à l´intérieur.

Si les marchandises produites par l´industrie étaient vendues en Allemagne en vue d’accroître la production, sou pour conserver le capital investi, la perte d´une des parties devenait le gain de l’autre, mais de la sorte, la richesse nationale ne subissait aucune perte. Toutefois, si les marchandises étaient destinées à la consommation laquelle à augmenté en raison du niveau trop bas des prix, la richesse nationale subissait une perte sur son capital. La consommation était accrue par le renversement socialiste des salaires.

La population a appris très rapidement que l’économie était devenue inutile et chacun a dépensé l'argent aussi vite qu'il était gagné et l’a employé au hasard en achats de marchandises. Cet état de choses a produit un accroissement de consommation inutile. II n’y avait aucun moyen de fixer la valeur or, c'est à dire pas de monnaie stable. Cette situation dure encore aujourd`hui, la confiance dans la stabilité de la monnaie n´existent pas encore. Cependant, les dépenses inutiles sont une perte pour la richesse nationale parce qu'elles augmentent la consommation intérieure de la population.

Pour éviter de vendre trop bon marché sur les marchés étrangers et pour se mettre à l'abri du reproche de pratiquer le "dumping" et des conséquences de ce procédé, des organisations gigantesques ont été crééés. Ce sont les bureaux d’exportation qui ne remettaient la licence d'exportation qu’après avoir vérifié si le prix indiqué correspondait au prix du marché mondial. Cette mesure est un résultat des lois socialistes d´intervention économique; elle n’a pas réussi et a par contre augmenté les frais. De plus, los commerçants achetaient en Allemagne sous couleur d’acheter pour le marché allemand tandis qu’en réalité, ils exportaient les marchandises à l’étranger par des voies illégales. Ceci a eu pour résultat qu´à l’étranger on a reproché aux manufactures allemandes de vendre à des prix déloyaux, attenduqu’on pouvait souvent acheter aux commerçants à l’étranger à meilleur compte qu’en achetant directement au fabricant. Pourtant les ventes à des pays étrangers au-dessous du coût de production en or constituent non seulement une perte de bénéfice, mais un transfert de richesse d’une nation à une autre. II n’est pas possible de citer les chiffres réels mais il n’y a aucun doute que ces pertes s’élèvent à des nombreux milliards. Combien d’étrangers avaient coutume de venir acheter en Allemagne à bas prix en or. Le contrôle de à la frontière a été établi trop tard et pas à la frontière des territoires occupés. Pendant la période où la monnaie avait en Allemagne un grand pouvoir d’achat, 1’industrie recevait de nombreus commandes, mais plus elle produisait et vendait à l’étranger à des prix trop bas, plus la richesse nationale diminuait. Après que le pouvoir d’achat à l´intérieur rester au niveau du pouvoir d´achat à l´étranger les fabricants se sont aperçus qu’ils ne disposaient plus d´assez de capitaux pour acheter des matières premières, payer les salaires et accorder le crédit nécessaire. C´est ce qui a occasionné la grande disette de crédit dans 1’industrie allemande.

La Hollande avait accordé à 1’Allemagne un important crédit s’élevant à plus de 50 millions de dollars pour l’achat de matières premières. L’histoire de ce crédit est très intéressante. Au début, il n’a été employé que dans une très faible mesure, mais après que le pouvoir d’achat intérieur et le pouvoir d’achat à 1’extérieur se fussent égalisés, il s´est épuisé en un rien de temps. Ce crédit à rendu à 1’Allemagne un service extraordinaire. II était garanti par des stocks de marchandises. Si un nouveau crédit pouvait être accordé sur une base analogue, cela aiderait considérablement la reprise des affaires.

Au début, les pertes n’étaient pas reconnues par 1’industrie, les calculs et les bilans étant faits en marks-papier. Bien que nous n'eussions pas entièrement compris que le calculsur la base de l’or était le seul mode de calcul exact. Calcul dont l´introduction nous était interdite par la loi - les industriels judicieux sentaient très bien que le bénéfice calculé était un leurre. Mais il n'est pas douteux que le majorité des fabricantes étaient aveuglés per les bénéfices en marks. II n’est qu’une loi qui soit sûre c´est d´obtenir le jour du paiement la somme pour laquelle on peut racheter et refabriquer l’article vendu. Mais ce procédé était considéré par la loi comme de l’usure et frappée lourdes peines et d’emprisonnement.

Comme les postes de l’actif en marks-papier augmentaient en partie dans uns grande proportion, par exemple, les matières premières les articles semi-ouvrés, le crédit aux clients tandis que les principaux postes du passif tels que actions, obligations, réserves restaient à leurs montants originels, le capital se trouvait converti en bénéfice. Bien que les chiffres des dividendes fussent élevés, leur valeur était nulle. J´ai publié que notre Société, en versant à tous ses actionnaires un dividende de 80% en 1921 et 1922, a versé la valeur d´un moteur de 400 C.V. tandis qu´en versant 12% sur la moitié du son capital en 1913, elle a donné la valeur d´une installation de 50.000 C.V. y compris le terrain, les bâtiments et toutes les machines. Ces dividendes insuffisants ont été accompagnés de deux conséquences pernicieuses. En premier lieu, de nombreuses sociétés ont essayé d´accorder un bénéfice à leurs actionnaires en émettant des actions gratuites, ou des actions à un prix d´émission très bas. La nouvelle émission d´action ne donnait aux sociétés qu´une augmentation du capital infinitésimale en or, qui n´était pas en général utilisée pour l´accroissement du matériel du production, mais servait seulement à couvrir la perte en or qui n´était pas reconnue comme telle dans les calculs en marks-papier. En second lieu, une spéculation gigantesque se produisit. La valeur des actions n’était calculée qu´en fonction de la probabilité d´une nouvelle émission d´actions. Un grand nombre d´actions de viellessociétés était d´une façon permanente en la possession des familles des fondateurs ou d’autres personnes qui avaient confiance dans la gestion des sociétés. Ces porteurs considéraient les actions comme des valeurs de portefeuille. Ils ont été aménés par l’absence de dividendes et la grande valeur des titres en marks-papier à vendre leurs actions et finalement l´Allemagne toute entière a spéculé. On ne disposait pas de valeurs fixes en monnaie stable. L´industrie a beaucoup souffert de 1'incertitude qui existait au sujet des véritables propriétaires des affaires. Il est arrivé dans plusieurs sociétés connues qu´un inconnu a dit un beau jour au directeur : "C´est moi qui suis maintenant propriétaire de l´affaire". Dans bien des cas, des commerçants ont imposé des contrats d´agence par exemple pour des pays étrangers qui ont fait subir de lourdes pertes aux manufactures. L´argent se gagne plus facilement à faire du commerce qu´à fabriquer. Certaines personnes ont vu très vite que les actions étaient très bon marché en or.

Avant la guerre, nos actions valaient environ 500 dollars, après la guerre il a été possible à une certaine époque de les acheter à 3 dollars l’une et maintenant elles sont cotées 125 dollars. Pendant longtemps, la valeur-or de la totalité de notre capital-actions au cours du change était égale à la moitié du cuivre que nous avions dans nos ateliers. Les personnes qui avaient confiance que les actions remonteraient ou qui disposaient de capitaux ou pouvaient obtenir des crédits ont naturellement acquis des fortunes immenses en or. Il est indubitable que la capacité de rendement du capital a été considérablement compromise par suite du déplacement de la richesse.

L´industrie allemande a eu besoin d´importants capitaux pour compenser les pertes de guerre et elle s'est vue dans 1´obligation d’exporter des capitaux pour restaurer ses entreprises à l´étranger. Ce que l’on est convenu d’appeler les indemnités et compensations versées par le Gouvernement est, dans la triste situation du Trésor, presque réduit à néant, comme on devait le prévoir.

Un autre fait a considérablement réduit le capital de 1’Allemagne. Les usines qui depuis 10 ans ne font aucune dépense d’entretien et de renouvellement ont perdu la moitié de leur valeur ou même davantage. Il faut, pour conserver sa valeur au capital revêtant la forme de placements en bâtiments et en outillage dépenser chaque année une somme déterminée. Il est certain que pendant et après la guerre les travaux nécessaires pas au bon entretien des usines n’ont pas été effectués de sorte que le capital a diminué de plus en plus de valeur. On ne dispose pas de données parce que certaines usines n’ont fait leurs calculs en or que pendant la dernière ou les dernières années pour leur documentation privée. Nos directeurs d´usines estiment que le remplacement des machines n’atteint pas chaque année la moitié de la proportion d´avant-guerre. II en a été de même dans la plupart des autres industries. C´est en ce qui concerne les maisons d´habitation que la perte en capital apparaît le plus clairement. Les loyers ayant été maintenus par la loi à 1 ½ % de la valeur or d´avant-guerre (ils s´élèvent maintenant à 26 %) les propriétaires ont été absolument incapables d´effectuer aucune réparation. Durant la guerre il a fallu fabriquer du matériel de guerre et l’on n´a eu ni main-d’œuvre, ni temps, ni argent pour entretenir les biens en bon état.

Dans l´industrie, comme dans l´ensemble de l´Allemagne,nous souffrons par dessus tout d’une improductivité qui va s´accroissant. Je suis en mesure de fournir certaines données en ce qui concerne mes usines.

Avant la guerre la production et la vente de matériel électrique d’une valeur de 100.000 marks-or nécessitaient :

11,25 travailleurs productifs

4,2 „ improductifs

6,7 employés.

En 1923, il a fallu pour obtenir les mêmes résultats :

12,3 travailleurs productifs

9,5 „ improductifs

11,5 employés

soit une augmentation de pourcentage de

9,5 pour les travailleurs productifs

12,6 „ „ „ non productifs

72 employés

La durée normale de la journée de travail dans notre maison depuis près de 40 ans est de 8 heures 1/4, le personnel des transports et le personnel analogue faisaient une heure de plus, mais chaque fois que cela était nécessaire on faisait des heures supplémentaires.3 Pendant l´année 1913, la moyenne de la journée de travail a été de 8,8 heures par ouvrier, en 1923 de 6,9 seulement. La différence résulte du refus formel du personnel de faire des heures supplémentaires, des nouveaux congés qu’il a fallu accorder, de 1´augmentation du nombre des absents, tant pour cause de maladie que par suite de manifestations politiques. Le nombre des employés a été largement accru tout d´abord en raison du travail supplémentaire causé par l´inflation. Je me bornerai à indiquer que les salaires ont dû être fixés jusqu´à trois fois par semaines après des heures de discussion et que les nouveaux salaires ont dû alors être calculés pour 100.000employés ou ouvriers. Les difficultés ont été accrues par le vote continuel de nouvelles lois dont l´observation nécessitait un important contingent d´employés.4 Le personnel employé à un travail productif dut payer les frais du personne1 accomplissant un travail improductif. Il en est résulté une augmentation considérable du prix de revient et une diminution des ventes.

L´industrie électrique est la mieux placée pour avoir une vue d’ensemble sur le développement des autres industries. Toute entreprise fait appel à ses services. Chaque fois qu’une industrie prospère, nous nous aussitôt à ses demandes de matériel électrique et nous sommes les premiers à voir si l’outillage technique se développe. En jugeant d’après les faits qui sont venus à ma connaissance, je suis arrivé aux conclusions suivantes : pendant la guerre tous les efforts étaient naturellement concentrés sur la fabrication du matériel de guerre et les industries qui ont dû faire face aux besoins de la guerre par exemple, l´industrie de l´acier, l’industrie chimique, l´industrie du moteur à combustion interne ont été développées et de grands progrès ont été réalisés dans leur outillage scientifique et technique. Les besoins de la guerre ont donné une vigoureuse impulsion à certaines branches de l´industrie. D´autres ont été distancées et considérablement génées dans leur développement pour deux raisons: pendant la guerre on n’a conservé que le nombre d´hommes rigoureusement nécessaire pour effectuer les travaux dans une mesure très réduite. Après la guerre les taux des salaires était bas, on n’a pas réalisé d'améliorations techniques visant en premier lieu à économiser la main-d’œuvre et à accroitre le rendement des machines. Je citerai comme exemple l´industrie du verre. Si l´on compare cette industrie à l´industrie américaine correspondante qui a été considérablement développée on s’aperçoit que 1’industrie allemande peut être qualifiée d’antédiluvienne. Les taux des salaires actuels qui sont en moyenne aussi élevés que lessalaires or d´avant-guerre, mettent fortement en relief cet état de choses. Grâce aux salaires peu élevés, nous avons pu compenser les désavantages techniques des quelques dernières années. Cela représente toutefois une perte considérable de richesse publique parce que le capital investi dans des usines ne conserve sa valeur que si celles-ci sont maintenues à leur plus haut niveau technique. Les salaires ayant atteint le niveau des salaires d’avant-guerre, un grand nombre, je dirai même un très grand nombre d´industries auront des résultats financiers considérablement réduits, ce qui implique que leur capital a maintenant une capacité de rendement moindre, ce qui indique à son tour qu´il s’est réduit. Il importe peu que les usines existent encore en tant qu'usines mais ce qui importe c'est de savoir si elles sont maintenues intérieurement au plus haut degré de rendement possible. Le capital investi dans 1’industrie et qui ne donne pas de dividendes doit être considéré comme perdu. L´Allemagne a ainsi perdu une grande partie de sa capacité de rendement et par conséquent une grande partie de son capital.

J´ai parlé d´improductivité. Tandis que le monde entier souffrait du chômage, nous n´avions pas de chômeurs. Le monde a considéré cet état de choses comme la signe de la situation économique florissante de 1'Allemagne. C'est une erreur. Tout d´abord l´activité de l´industrie a entrainé les pertes de capital dont nous avons parlé ci-dessus, les prix de vente étant trop faibles; en second lieu nous avions en réalité du chômage bien qu'il ne fut pas apparent, car en raison de 1´inproductivité il fallait un nombre d´hommes beaucoup plus considérable pour produire la même quantité de marchandises. Il est toutefois beaucoup plus onéreux de payer des salaires au tarif syndical à un nombre excessif d´ouvriers que de donner des secours de chômage à des personnes qui ne sont pas nécessairesdans des usines bien administrées. Puisque l´exportations ne couvrent pas, à beaucoup près, nos importations et que le revenu des placements à l´étranger a disparu, nous avons dû acquitter la différence en transférant des actions et des immeubles, c´est-à-dire du capital à des étrangers. Ce transfer s´est fait à des prix or excessivement bas et il faudra dans l´avenir envoyer l´intérêt annuel de la totalité de la valeur or á des capitalistes étrangers, ce qui diminuera très sensiblement la capacité contributive de la nation. J´ai eu personnellement connaissance de certains cas dans lesquels des maisons d’habitation ont été vendue à des acheteurs étrangers à 5 % de leur valeur or réelle. Comme, il est certain que la valeur or sera rétablie, nous serons obligés dans l´avenir d’envoyer chaque année à l´étranger un intérêt d’un montant équivalent au capital que nous avons reçu.

Je désirais enfin dire un mot sur un autre point, la capacité de vente de 1’industrie allemande. Notre prix de revient est beaucoup trop élevé actuellement. Ceci provient de la charge résultant pour l´industrie de la main-d’œuvre improductive, qui bien qu’elle ait augmenté dans le monde entier, s’est développée en Allemagne plus que partout meilleurs. Les impôts élevés qui autrefois, par suite de 1´inflation, se réduisaient à presque rien au moment où le paiement devenait exigible, sont maintenant payés en or ce qui étrangle presque le commerce. Le prix de revient s´est trouvé accru du fait seul de l´impôt sur la chiffre d’affaires, de 10 % au moins en moyenne.

On ne peut prévoir aujourd’hui avec aucune certitude comment le commerce se développera dans l´avenir mais il est certain que ce développement ne sera pas favorable à l´Allemagne. Je ne parle pas de l’état de choses actuel où l´on a établi au milieu de l´industrie allemande une barrière qui empêche toutecoopération économique entre les diverses parties. Si l´on laissait subsister cette barrière, les industries allemandes tant dans les régions occupées que dans les régions non occupées ne pourraient plus exister. Je veux simplement parler de la situation qui serait susceptible de se développer lorsque l’Allemagne sera délivrée de cette barrière. Dans le monde entier la capacité de production a augmenté et le pouvoir d´achat a diminué; de nombreux pays comme la Suède, la Hollande qui achetaient avant la guerre certains produits industriels à l´Allemagne, ont été obligés de construire des usines chez eux parce qu’ils ne pouvaient faire face à leurs besoins en achetant en Allemagne pendant la guerre. Ces usines sont maintenant artificiellement maintenues en activité au moyen de tarifs protectionnistes et de droits à l´importation. Le développement technique d’un grand nombre d´industries et par conséquent 1’abaissement du prix de revient sont limités par les possibilités de vente de marchandises de nature similaire. Il suffit de nous rappeler l'exemple de Ford. La capacité de vente intérieure de l’Allemagne est réduite par la guerre et été paralysée d’une façon permanente, les exportations ont été fendues extrêmement difficiles. Chacun des états nouvellement créés développe son activité nationale dans le sens ou la matière artificielle et anormale d´industries nationales qui semblent n´avoir aucun droit à l'existence. L´avenir dépendra en grande partie du développement de la Russie. Je ne crois pas au développement rapide du marché russe pour les marchandises étrangères. Non seulement convaincus en théorie du fait que le socialisme et l’économie s´entendent comme le feu et l´eau, mais nous avons appris à nos dépens que sous 1’influence socialiste la vie économique ne peut jamais se développer et que le socialisme est la mort de la production. Tant que la vieéconomique de la Russie reposera sur des bases, ce pays ne pourra recouvrer sa prospérité.

La capacité de paiement de 1´Allemagne dépendra au premier chef du pouvoir de consommation de l´Allemagne et du monde en général. La consommation intérieure dépendra des exportations de 1'Allemagne; pour cette consommation intérieure nous avons besoin d'une certaine quantité fixe de matières premières et de marchandises étrangères. Nous ne pouvons payer 1´importation de ces marchandises que par les exportations.

Lorsque la consommation intérieure et les exportations seront faibles, nos usines ne travailleront pas à 100 % de leur capacité de rendement et l’on ne réalise des bénéfices que lorsque les usines sont poussées à leur rendement maximum. Lorsqu’il n’est réalisé que peu ou point de bénéfice, l´Etat ne peut obtenir un important rendement des impôts et l´industrie ne peut pas non plus maintenir son outillage technique et industriel à son plus haut degré de rendement.